Jeudi 25 juin, « Cash Investigation » consacrait son numéro aux aliments ultra-transformés, ces produits industriels bourrés d’arômes et d’additifs. France TV révélait que le lobby des industriels de l’alimentation, l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), a exercé des pressions sur le ministère de l’Agriculture pour limiter l’utilisation du terme « aliments ultra-transformés ». Le lobby a aussitôt répliqué sur LinkedIn avec un post intitulé : « Vrai Vs Faux : ce que Cash Investigation oublie de vous dire, déforme ou caricature. »
Problème : en voulant corriger l’émission, l’ANIA s’est pris elle-même les pieds dans le tapis.
Sur LinkedIn, elle affirme qu’il serait « faux » de dire qu’elle a cherché à faire disparaître « le terme aliment ultra-transformé du débat public ». Elle assure au contraire n’avoir fait que « plaider pour que les communications de santé publique respectent l’avis des agences compétentes ». Traduction : elle n’a fait que demander qu’on s’appuie sur la science.
Blast a vérifié. Et c’est l’ANIA qui déforme la réalité. Elle a bien cherché à faire disparaître ce terme, qui désigne l’ensemble des produits emballés auxquels on ajoute des arômes et des additifs.
La preuve ? Un document officiel de juin 2025, produit par le Conseil National de l'Alimentation (CNA) – un organisme indépendant chargé de conseiller le gouvernement sur sa politique alimentaire. Dans ce document de 172 pages, tous les acteurs du secteur, dont l’ANIA, sont été invités à donner leur avis sur la future stratégie nationale pour l’alimentation, censée orienter les choix du gouvernement jusqu’en 2030
Interrogée sur ce que cette stratégie devrait faire ou ne pas faire, la réponse du lobby est limpide : « La stratégie nationale ne doit pas utiliser le terme d’ultra transformé. » L’ANIA ajoute qu’elle « devrait insister sur le besoin d’une communication positive sur la transformation des aliment », et appelle à une meilleure « collaboration entre les institutions, les scientifiques et les industriels, au service de la santé des consommateurs ».
Interrogée plus loin sur les points à diminuer dans leur portée, l’ANIA enfonce le clou : « La stratégie nationale ne doit pas utiliser le terme d’ultra transformé. » Et propose même de : « ne pas associer les additifs à des substances néfastes pour la santé, puisqu’ils sont évalués et autorisés par les autorités compétentes. »
En clair : l’ANIA a bel et bien demandé, par écrit, à un organisme officiel, qu’on efface le mot du débat public. Et elle le nie aujourd’hui sur LinkedIn. Questionnée par Blast sur cette contradiction, le lobby répond s’être contenté de relayer l’avis de l’agence sanitaire officielle, l’ANSES, selon laquelle le concept d’aliment « ultra-transformé » n’est pas encore suffisamment prouvé scientifiquement. Autrement dit : ce n’est pas nous, c’est la science.
Un vrai coupe-faim.
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Blast, le souffle de l’info