Jennifer Precious Finch est morte le 18 juillet à l’âge de 59 ans, emportée par un cancer du cerveau particulièrement agressif. Bassiste intrépide de L7, le groupe rock 100% féminin le plus marquant de la scène californienne des années 1990, elle laisse derrière elle une empreinte bien au-delà du rock.
Portées par le succès planétaire de Nirvana, les quatre filles de L7 ont joué un rôle crucial dans le féminisme américain en fondant « Rock for Choice », une série de concerts caritatifs organisés de 1991 à 2001 en faveur du droit à l’avortement aux États-Unis et au Canada.
« Nous avons ainsi levé des centaines de milliers de dollars », dira plus tard la chanteuse Donita Sparks. « Nous avons toujours fait des concerts de charité, pour Greenpeace, pour Act up, pour construire des écoles au Nicaragua… Nous sommes la génération des enfants du MLF ».
Jennifer Finch était une enfant adoptée caractérisée par sa précocité. À neuf ans, elle découvre les Ramones et son destin est scellé : elle aussi fera partie de la révolution punk. Fugueuse et consommatrice d’héroïne dès 14 ans, elle commence par photographier la scène hardcore californienne avant de jouer de la basse dans Sugar Baby Doll, un groupe qu’elle forme avec d’autres gamines sauvages : Kat Bjelland, future Babes In Toyland, et une certaine Courtney Love, qui fondera plus tard Hole et épousera Kurt Cobain.
En 1986, elle rejoint L7. Son jeu de basse robuste n’aura d’égal que son charisme débridé : incapable de tenir en place, c’est elle qu’on remarque le plus sur scène. Elle compose, écrit des paroles, jusqu’en 1996 où elle quitte momentanément le groupe pour se consacrer à ses projets personnels, dont un groupe appelé The Shocker qu’elle emmène en tournée en Turquie, une première pour un groupe de rock ayant une femme comme leader.
Son courage ne se limite pas à la scène. En 1990, alors que L7 tourne essentiellement avec des groupes de junkies notoires comme Nirvana ou Alice In Chains, elle arrête drogues et alcool. Avant de réintégrer L7 en 2014, elle vainc un premier cancer de la thyroïde. Récemment interviewée pour un podcast, elle évoquait ses projets d’écriture, peut-être une autobiographie. Sa santé se détériorant rapidement malgré les pronostics optimistes des médecins, elle encourageait Donita Sparks, Suzi Gardner et Dee Plakas, les autres membres du groupe, à effectuer sans elle la tournée d’adieux prévue à l’automne.
Depuis sa disparition, les hommages poignants et mérités se multiplient dans le monde du rock et au-delà — elle avait aussi joué dans plusieurs films, dont un John Waters (Serial Mother, avec Kathleen Turner). Jennifer Finch était effectivement « précieuse » (son deuxième prénom), elle a touché énormément de gens, tout particulièrement un nombre incalculable de femmes et de jeunes filles
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