
Cher Daniel Riolo,
Quelle semaine !
Vendredi 12 juin, vous déclariez dans l’« After Foot » sur RMC, au sujet des nombreuses difficultés administratives rencontrées par la sélection iranienne lors de la Coupe du monde de football, que « oui OK enfin les Iraniens c’est les ressortissants d’une des dictatures les plus ignobles qu’il y a sur terre en ce moment », c’est bien noté, avant de poursuivre et d’enfoncer le clou : « Donc j’ai pas non plus moi une énorme empathie ni pour ce pays ni pour les ressortissants de ce pays », au moins comme ça les choses sont claires. Et lorsque l’animateur Gilbert Brisbois vous a fait remarquer qu’il ne fallait pas confondre le régime iranien et ses ressortissants, signalant que rien ne vous permettait d’affirmer que les footballeurs étaient des soutiens de la dictature, vous avez prolongé vos leçons de géopolitique en expliquant que « s’ils n’adhèrent pas tant mieux, mais dans ce cas-là qu’ils s’échappent, ça sera encore mieux, voilà », intéressant, et conclu ce très fin raisonnement en soulignant que ces joueurs « représentent un pays qui est en guerre avec les États-Unis », salauds d’Iraniens qui ont bombardé Washington.
Des affirmations perspicaces et bienveillantes qui n’ont pas eu l’écho qu’elles méritaient, contrairement aux propos pleins de sensibilité et de sagacité que vous aviez tenus le 26 mai, toujours sur RMC mais cette fois lors de l’émission « Estelle Midi » de laquelle vous êtes chroniqueur et où, dans le cadre d’une discussion sur l’épisode de chaleur alors traversé, vous vous êtes emporté contre « tout ce blabla pour deux semaines de chaleur dans l’année », OK Pascal Praud, avant d’exprimer votre mépris pour les questions liées au dérèglement climatique : « Je vous laisse discuter de quelque chose que je trouve absolument délirant ». Un positionnement auquel vous auriez probablement dû vous tenir, ce qui nous aurait épargné la suite : « Il fait chaud il fait chaud, basta ! T’ouvres la fenêtre et tu mets un tee-shirt. Et puis t’arrêtes de chouiner », soit une assertion non seulement agressive mais en outre particulièrement stupide, ouvrir ses fenêtres durant une canicule étant le meilleur moyen de faire monter la température à l’intérieur, pensez à vous hydrater Daniel ça vous évitera peut-être de raconter des âneries.
Décidément très en forme ces dernières semaines, vous avez également eu l’occasion de briller, le 6 juin, sur le plateau de « Quelle époque ! », le talk-show de Léa Salamé diffusé le samedi soir sur France 2, en vous adressant en ces termes au très talentueux Boualem Sansal : « Une certaine intelligentsia parisienne et certains journalistes et médias en France vous ont fait passer pour un facho […]. On a voulu vous cataloguer, et moi j’ai pas compris pourquoi on vous a fait ça. […] Radio Nova vous a fait passer pour un gros facho, je sais pas pourquoi, je sais pas comment c’est possible » (1). On se demande en effet bien pourquoi un écrivain qui affirme « que LFI est un parti semi-islamiste, que le drapeau français a commencé à verdir, que l’école est une médersa [école coranique] en devenir, que la mosquée a islamisé le paysage urbain », rien que ça, et que la France serait « combattue et menacée par certains Français porteurs d’idéologies importées : le wokisme, le mondialisme, l’islamo-gauchisme », se retrouve classé par certains à l’extrême droite, on ne peut vraiment plus rien dire dans ce pays.
Cher Daniel Riolo, ces brillantes leçons de géopolitique, de climatologie et d’histoire des idées nous feraient presque oublier qu’à la base votre domaine de prédilection est le football. Ce qui n’est bien sûr pas un problème en soi, ce sport étant un phénomène de masse aux enjeux culturels, économiques et politiques considérables, lesquels nécessitent d’être observés, étudiés et analysés par des journalistes spécialisés. Mais là où les choses se compliquent, c’est lorsqu’un « expert » en football se sent autorisé à donner son avis sur tout, et surtout son avis, au nom d’on-ne-sait quelle légitimité, quitte à raconter, comme vous l’avez fait avec zèle ces dernières semaines, absolument n’importe quoi. Invité, en compagnie de Louis Bodin, ingénieur météo et présentateur sur TF1 et RTL, à réagir à vos propos sur les « chouineurs », Laurent Romejko, qui fut à la tête du service météo de France 2 durant six années et présente depuis 2012 « Météo à la carte » sur France 3, a résumé les choses assez simplement : « Louis et moi on ne commente pas le foot. Donc voilà, chacun son truc ». Effectivement.
Mais « chacun son truc » n’est visiblement pas votre mot d’ordre, ainsi qu’en témoigne un examen un peu attentif de vos interventions médiatiques tous azimuts, qui confirme que vous vous estimez qualifié pour pérorer sur à peu près tous les sujets d’actualité, en général pour asséner des certitudes sur un ton toujours particulièrement amène, comme lorsque vous expliquiez, le 10 juillet 2025 sur RMC, alors que le patronat menait une énième offensive contre une supposée « dérive des arrêts maladie », ce qui suit : « Si le Medef intervient sur ce sujet, c’est pas parce que tous les patrons sont des salauds comme veut le laisser entendre la tradition française. Il y a quelque chose qui est anormal. Si on fait le petit lien entre le fait qu’on est les champions du monde de l’absentéisme et, également, les champions du monde de l’impôt, […] évidemment qu’il y a un problème. Si aujourd’hui on est dans cette situation-là, c’est parce que le système permet à un tas de gens d’en profiter. On est un pays de chouineurs, un pays de profiteurs », décidément vous avez un truc avec le verbe « chouiner ».
« Quand mes parents n’avaient rien, ils n’ont pas attendu d’avoir des aides, tu sais ce qu’ils ont fait ? Ils sont allés travailler » : c’est ainsi que vous vous êtes adressé, le 14 octobre 2025, à Élise Goldfarb, qui officie comme vous dans l’émission « Estelle Midi », alors qu’elle défendait le bien-fondé d’une aide, existant dans certaines caisses d’allocations familiales, à l’achat d’équipements électroménagers. Avant de poursuivre, tout en altruisme et en nuance : « Il y a deux modèles en fait. Toi c’est le modèle de prendre de haut les gens avec tout le mépris des gauchistes et de dire il faut aider les gens, il faut aider les gens, il faut tout leur apporter et tout. Et moi, mon modèle à moi, celui dans lequel j’ai grandi, celui des gens qui n’avaient rien mais qui se sont bougé le cul pour aller construire leur vie et travailler, c’est celui qui est à mon sens préférable, c’est d’encourager les gens à travailler […]. Moi mon modèle c’est celui du travail, le tien c’est l’assistanat ». Parole de Daniel Riolo qui, lorsqu’il est questionné sur son salaire, répond que « ça devient des sommes indécentes, donc on ne peut pas en parler ».
Vous étiez moins pudique en janvier 2023, tandis que s’engageait le mouvement contre la « réforme » des retraites, lorsque vous vous en êtes pris sans ménagement — et en son absence — au secrétaire général de la Fédération CGT des mines et de l’énergie (FNME-CGT), qui avait eu l’audace de déclarer que son syndicat envisageait d’organiser des coupures de courant visant les députés défendant le texte. Ainsi que l’avait alors relevé Acrimed, vous êtes alors littéralement sorti de vos gonds sur le plateau de RMC (17 janvier 2023) : « Ce monsieur, il faut le ficher S tout de suite en fait. Ces gens-là ne sont pas des démocrates, [...] [ce] sont des extrémistes qui ne veulent pas d’une vie politique telle qu’on l’entend dans notre société, dans notre République, mais qui veulent l’usage de la force pour faire passer leurs idées. Donc on est bien en présence de ce que je disais tout à l’heure, de mouvances fascistes », ou comment se poser en défenseur de la démocratie tout en avançant le noble projet de ficher les syndicalistes un peu trop remuants, quel talent.
On le voit, au-delà de notables talents d’économiste, vous avez donc une fibre sociale marquée, doublée d’une indéniable mansuétude pour les idées que vous ne partagez pas — autrement dit les idées de gauche. Avec au passage une définition pour le moins extensive de la « gauche » et des « gauchistes » — rappelons qu’il s’agissait en l’occurrence de discuter d’une aide de quelques centaines d’euros réservée aux plus démunis, pas de la socialisation des moyens de production — qui vous amène par exemple à déclarer sans ciller que France Inter serait devenue « une officine d’extrême gauche », rien que ça. Dans un portrait enthousiaste publié en octobre 2023, le Figaro nous apprenait d’ailleurs que « [Daniel Riolo] regrette que la France soit "le seul pays où l’extrême gauche est aussi présente dans l’espace public", juge les idées des maires écologistes de Grenoble et de Bordeaux, Éric Piolle et Pierre Hurmic, "dangereuses", et s’émeut du fait que l’on ne combatte pas assez le discours des Insoumis dans les médias », il est vrai que ces derniers sont notoirement bienveillants avec LFI.
La présence de « l’extrême gauche » vous dérange, et vous n’hésitez dès lors jamais à dire tout le bien que vous pensez de ce qui est selon vous sa représentation sur le champ politique, à savoir La France insoumise qui, rappelons-le tout de même, n’est nullement une organisation d’extrême gauche mais un mouvement pleinement inscrit dans le fonctionnement de la démocratie parlementaire et présentant un programme social-démocrate assez classique, plus modéré par bien des aspects que celui du bolchevik François Mitterrand en 1981. Et c’est ainsi que, lorsque Bally Bagayoko a fait savoir, après son élection à la mairie de Saint-Denis, qu’il ne souhaitait pas afficher dans son bureau le portrait d’Emmanuel Macron « tant que l’État ne remplira[it] pas ses obligations dans le cadre du pacte républicain, notamment envers les habitants de notre territoire », vous êtes une fois de plus monté sur vos grands chevaux, reprochant à l’élu insoumis de ne « pas respecter la démocratie » et accusant, à mots à peine couverts, LFI de préparer l’avènement d’une dictature ou, au choix, de fomenter un coup d’État.
On exagère ? Pas vraiment. C’était le 7 mai 2026 sur RMC : « Le maire qui fait ça ne respecte pas la démocratie et ça en dit long sur ce que ferait ce parti s’il était à la tête de l’État. Je pense qu’il combattrait les opposants. » Alors on vous avoue qu’on ne voit pas bien le rapport, et que par ailleurs il n’y aucune obligation légale pour un maire d’accrocher un portrait du président de la République, mais passons, et avançons vers ce qui est, selon vous, le véritable projet de LFI : « C’est de combattre, et justement pas uniquement par la démocratie et par le vote, ceux qui ne sont pas d’accord avec [eux]. Je pense que si le futur président n’est pas de leur bord, eux considèrent que aller même dans la rue, casser, se battre et se rebeller, c’est… parce que pour la plupart ils ont en eux un côté euh… révolution permanente, trotskiste », si c’est vrai c’est très grave — et très bien caché. Votre sentence fut alors — évidemment — irrévocable : « Moi je pense que ça en dit long sur la façon dont tu vois la démocratie. Je pense que les LFIstes, la façon dont ils la voient, la démocratie, c’est pas la même que la nôtre », si vous le dites.
Cher Daniel Riolo, ces dernières déclarations sont tout aussi révélatrices de votre arrogante suffisance que de votre incompétence crasse, puisque vos « analyses », que vous estimez tellement pertinentes qu’elles méritent d’être énoncées dans les médias audiovisuels, ne sont au total rien d’autre que des opinions personnelles reposant sur de longues investigations à base de « Moi je dis que », « Moi je trouve que » et autres « Moi je pense que », du grand journalisme en somme. Avec pour résultat, au mieux, de répéter les banalités affligeantes qui circulent déjà sur les plateaux radio et TV et, au pire, de proférer de confondantes inepties qui ne reposent sur aucune forme de connaissance de la réalité — les deux ne s’excluant pas nécessairement. Notons toutefois que les élucubrations sur La France insoumise que nous venons d’évoquer ont également ceci d’intéressant qu’elles se concluent pas une formule elle aussi dès plus éloquentes : « La façon dont ils la voient, la démocratie, c’est pas la même que la nôtre », toute la question étant de savoir qui est inclus dans ce « nôtre ».
Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que, derrière ce « nous » que vous énoncez sans autre précision, c’est à la caste à laquelle vous appartenez désormais que vous faites référence, celle des chroniqueurs tout-terrain, autrement nommés « toutologues », dont la légitimité se nourrit d’elle-même à défaut de reposer sur une quelconque expertise relative aux sujets sur lesquels vous bavardez, en vertu de cette logique inhérente au capital médiatique qui, à l’instar du capital économique, obéit à la règle selon laquelle plus on en a, plus on en gagne, et plus on en gagne, plus on en a. Avec cette spécificité, vous concernant, que vous appartenez à la catégorie des aboyeurs qui, sous couvert de « franc-parler », multiplient les outrances, visiblement pour le plus grand plaisir de ceux qui vous invitent et de ceux qui vous paient, semble-t-il très satisfaits du ton et du contenu — si l’on peut dire — de vos interventions, propices au buzz sur les réseaux sociaux et aux reprises dans les médias avides de ce genre de spectacle, voire à des sollicitations pour commenter vos propres déclarations « polémiques ».
Signe qui ne trompe pas, vous avez ainsi été convié à plusieurs reprises sur les plateaux de Cyril Hanouna pour faire le service après-vente de certaines de vos éructations, avec par exemple une invitation pas plus tard que le 2 juin dernier dans l’objectif annoncé de revenir sur « [vos] propos qui ont beaucoup fait parler sur le président Nasser al-Khelaïfi », au lendemain d’une émission où vous aviez dénoncé certaines déclarations du président du Paris Saint-Germain suite à la victoire du club en Ligue des champions le 30 mai. Une semaine plus tôt, c’est au sujet des critiques suscitées par votre saillie concernant la canicule et les « chouineurs » que les équipes de « Tout beau, tout neuf » vous avaient invité à réagir : faire du buzz autour du buzz, cet écosystème médiatique qui s’auto-entretient est vraiment merveilleux. Un écosystème dans lequel vous avez su trouver toute votre place, tant mieux pour vous, et l’on ne doute d’ailleurs pas que de telles séquences doivent alimenter les discussions avec votre compagne Géraldine Maillet, chroniqueuse depuis 10 ans chez Cyril Hanouna, le monde est petit.
Cher Daniel Riolo, que de chemin parcouru depuis que vous avez débuté, en 1999, votre carrière de journaliste sportif sur Infosport, qui vous a mené, après des passages par Radio France, RMC, TPS Star, TPS Foot, NT1 et quelques autres, à poser vos valises à RMC où vous êtes devenu, en 2006, participant régulier à l’« After Foot », dont vous avez été promu co-animateur à partir d’octobre 2007 lorsque l’émission, jusqu’alors diffusée les soirs de match, est devenue une quotidienne. Et ce programme, dont le principe est d’alterner, en mode discussion-à-bâtons-rompus-qui-vire-fréquemment-à-la-foire-d’empoigne-entre-bonhommes, bilans « à chaud » du match du jour (lorsqu’il y en a un) et discussions plus générales sur le monde du football, est bel et bien celui sur lequel s’est assis votre notoriété, ainsi que le relatait Ouest-France dans un élogieux portrait publié en mai 2023 : « Daniel Riolo a construit sa réputation et le succès de l’émission After Foot (avec Gilbert Brisbois) sur deux aspects : la qualité de ses interventions et de ses analyses d’une part, le buzz et la polémique d’autre part ».
Une notoriété qui vous a ouvert un certain nombre de portes, audience oblige, et qui vous a en outre permis d’entretenir une image de franc-tireur, voire de « grande gueule du foot », qui flingue à tout va et n’épargne — quasiment — personne, qu’il s’agisse des joueurs, des entraîneurs, des présidents de clubs ou des responsables des instances du football. Le tout dans un langage, on s’en doute, toujours très châtié, et sur un ton absolument pas donneur de leçons, quitte à ne pas épargner, au passage, les fans de football, comme lorsque vous affirmiez, en août 2022, ce qui suit : « Les supporters du PSG qui soutiennent Neymar après trois pauvres matches en oubliant le mal qu’il a fait au club et se plaignent de Mbappé sont à mon sens au niveau zéro du supporterisme. Ces gens-là sont destinés à être des cocus à vie. » Un ton que vous assumez au nom de la « sincérité » : « Je ne calcule pas, je dis les choses. Je ne suis pas là pour faire le buzz. Je veux juste rester sincère. Moi, je suis dans l’After comme je suis dans la vie. Si un sujet me tient à cœur, je peux m’énerver, que je sois en émission ou non. »
Et quitte aussi à multiplier ce que d’aucuns nomment pudiquement des « dérapages », comme lorsqu’après qu’une jeune femme brésilienne eut porté plainte pour viol, en juin 2019, contre la star Neymar Jr., alors sous contrat avec le PSG, vous aviez eu cet échange avec l’ex-footballeur Jérôme Rothen lors de l’« After Foot » :
Daniel Riolo : « La nana, tu l’as vue la nana ? »
Jérôme Rothen : « Ouais je l’ai vue. »
Daniel Riolo : [moue dubitative] « Tu vois tu fais venir une nana du Brésil, moi je m’attendais […] à ce que ce soit un avion de chasse intersidéral, j’étais vachement déçu. »
Jérôme Rothen : « C’est de la deuxième division ça. »
Nicolas Vilas : « Non mais les gars franchement… »
Daniel Riolo : « Non mais franchement le mec il peut avoir tout ce qu’il veut, il a pris une Ligue 2. » […]
Jérôme Rothen : « Non mais attends quand tu t’appelles Neymar t’as… »
Daniel Riolo : « T’as un minimum de qualité quoi. »
Jérôme Rothen : « Quand même […], normalement c’est une Champions League, et au moins ça passe les huitièmes [de finale]. »
Daniel Riolo : « Faire venir, prendre l’avion, machin, tu vois ça débarquer tu te dis merde, et en plus à l’arrivée tu te retrouves dans la merde. »
Jérôme Rothen : « Ça joue les barrages, c’est un Lorient quoi. »
Daniel Riolo : [rires]
Voilà voilà.
Des abjections qui avaient provoqué un petit scandale à l’époque, vous conduisant à faire de timides excuses en évoquant une « blague déplacée », no comment, et poussant la direction de RMC à vous infliger une terrible sanction (une semaine de suspension), sans que cela nuise outre mesure à la suite de votre carrière (2). Laquelle venait de prendre un nouvel élan puisque, coïncidence (ou pas), tout juste deux mois avant d’avoir proféré ces ignominies sexistes, vous étiez devenu sociétaire des « Grandes Gueules » de RMC, dont les animateurs, toujours en quête de chroniqueurs ayant fait de l’outrance une marque de fabrique, vous avaient repéré comme un potentiel bon client, excellent choix. Ce recrutement dans une émission spécialisée dans les jacasseries sur l’actualité a participé de votre mue en chroniqueur omnibus rapidement devenu toutologue, avec — de votre point de vue — un indéniable succès puisque deux ans plus tard vous avez été embauché par Estelle Denis, également venue du journalisme sportif, dès le lancement de son émission « Estelle Midi », pour y jouer le même rôle.
« Il hérisse tout le monde, pas que moi mais en même temps, il est formidable… C’est peut-être le premier que j’ai mis sur ma liste parce que justement, ce que j’aime c’est ce côté irritant », affirmait alors l’animatrice à votre propos, ajoutant « [qu’]on est quand même dans un monde hyper policé, politiquement correct et [que] tous nos chroniqueurs n’ont pas ce défaut, ils disent vraiment ce qu’ils pensent au risque de heurter l’opinion », c’est beau. Il faut dire que vous aviez mis la barre très haut dès votre recrutement aux « Grande Gueules », en expliquant par exemple le 12 avril 2019, c’est-à-dire dès votre deuxième participation à l’émission, ainsi que l’avait alors relevé Acrimed, que le mouvement des Gilets jaunes devait cesser « [parce qu’]à un moment il va quand même falloir que ce pays se remette en marche normalement, sans avoir des manifestations chaque semaine parce qu’une infime minorité pense que la France tourne mal », c’est original, ou en affirmant le même jour que François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon étaient « deux hommes extrêmement dangereux, [des] adorateurs du Venezuela, [des] adorateurs de la dictature communiste et de tout ce genre de régime-là », tout en subtilité donc.
Depuis cette époque, cher Daniel Riolo, vous avez donc mené de front vos deux activités favorites, à savoir marteler vos opinions sur le football et asséner vos avis sur à peu près n’importe autre quel sujet à portée de micro, n’hésitant pas à parfois combiner les deux en vous appuyant sur votre légitimité de « connaisseur du football » pour vous poser en expert du monde social. Vous n’aviez d’ailleurs pas attendu, pour ce faire, d’être recruté dans des émissions d’actualité, avec la parution, en 2013, d’un ouvrage au titre évocateur (Racaille Football Club) dans lequel, tout en faisant mine de ne pas prendre position et de donner la parole à tout le monde, vous mettiez en scène, ainsi que l’expliquait le magazine So Foot, de supposées « évidences sur une équipe de France gangrenée par la culture de cité, par cette génération qui prie Allah, idolâtre Scarface et ricane de La Marseillaise, tout en persécutant les gentils petits blancs, seuls authentiques victimes de cette triste histoire », tout un programme. Une publication d’ailleurs saluée par Éric Zemmour, qui y avait vu « un ouvrage à la fois courageux et brouillon […] [mettant] à nu les plaies d’un football français dominé par la banlieue, et coupé du reste de la France », on a les hommages qu’on mérite.
Force est en effet de reconnaître que, même si certaines de vos critiques plus générales sur le monde du football, portant entre autres sur le déficit de « culture foot » en France, les faibles moyens consacrés à la formation, la place de l’argent, le rôle des agents ou encore le fonctionnement opaque des fédérations, ne sont pas toujours illégitimes, vous êtes littéralement obsédé par une supposée « racaillisation » du football français, soulignant que « cette culture racaille s’accorde parfaitement avec la récurrente crise de l’autorité dans notre pays », on s’en serait douté. Et lorsque vous vous aventurez sur ce terrain attention les yeux car, comme le disait l’autre, qu’on n’a pas vraiment l’habitude de citer, c’est pour le moins « brouillon », a fortiori lorsque vous tentez de vous défendre de toute proximité idéologique avec l’extrême droite en adoptant la rhétorique bien connue — et usée jusqu’à la corde — du on-ne-peut-plus-rien-dire : « Je me suis rendu compte qu’il y a des choses qu’on ne peut pas dire dans ce pays sans être taxé de racisme » (3), il faudrait voir à assumer et à arrêter de chouiner un peu Daniel.
Notons d’ailleurs que ce livre de 2013 ne fut nullement un accident de parcours, ce dont témoigne par exemple l’invitation faite, le 3 avril 2025 dans l’« After Foot », à la très nuancée députée des Français de l’étranger Caroline Yadan, qui a récemment connu son heure de gloire avec une proposition de loi liberticide visant à interdire toute critique d’Israël, pour venir présenter son « rapport » sur les « dérives communautaristes et islamistes dans le sport », co-rédigé avec le très subtil député RN Julien Odoul suite à une « mission flash » au cours de laquelle vous aviez vous-même été auditionné, échange de bons procédés. Un épisode de l’« After Foot » au cours duquel, contrairement à certains de vos camarades plus critiques, vous avez déroulé un véritable tapis rouge à Caroline Yadan, qui a profité de cette tribune offerte pour multiplier les propos stigmatisants et islamophobes tandis que, de votre côté, vous ne cessiez de la soutenir face à vos collègues plus sceptiques, ainsi qu’elle l’a elle-même affirmé par la suite : « L’émission s’est très bien passée. Le journaliste Daniel Riolo était sur ma ligne. J’ai pu m’exprimer dans le cadre d’un débat même si l’animateur n’était pas forcément d’accord avec moi. »
Et c’est ainsi qu’à l’arrivée, celui qui a construit sa notoriété sur une expertise revendiquée dans le domaine du sport en général et du football en particulier (4) se retrouve non seulement à intervenir dans le débat public avec la visibilité et la légitimité que peuvent conférer les plateaux des médias mainstream, mais aussi à venir directement en appui à des courants de pensée ultraréactionnaires en leur faisant bénéficier de l’audience d’une émission comme l’« After Foot ». Nulle surprise dès lors à ce que vous vous sentiez pousser des ailes, jusqu’à tutoyer les sommets du ridicule comme lorsque vous avez le plus sérieusement du monde déclaré, le 17 mai 2022 sur le plateau d’« Estelle Midi », que vous pourriez être un bon ministre des Sports, faisant même à cette occasion acte de candidature : « Moi, en tout cas, tout le monde le sait, et comme c’est la période : je suis prêt et disponible. J’ai fait passer le message pour être secrétaire d’État ou ministre des Sports […]. Au service de la France, je suis prêt et, en plus, absolument compétent », par charité nous nous abstiendrons ici de tout commentaire.
Cher Daniel Riolo, vous appartenez donc au total à cette catégorie en expansion, de Pascal Praud à Estelle Denis en passant par Éric Brunet, Frédéric Hermel ou Gilles Verdez, des journalistes sportifs (noble métier) devenus toutologues pour chaînes d’information (pas noble métier), lesquelles considèrent ainsi qu’il est pertinent d’offrir des tribunes à de brillants esprits qui, comme vous, expliquent au cours d’une discussion sur une hypothétique « laïcisation » des noms des vacances de Noël et de la Toussaint que « la France est un putain de pays qui veut dégueuler sur son histoire », merci pour ce moment. Et vous êtes finalement le symptôme d’une époque où le « journalisme » de commentaire écrase tout, reléguant l’enquête au second plan, voire aux oubliettes (5), et où n’importe quel « bon client » fort en gueule peut vomir des insanités sur les femmes, les musulmans, les pauvres, la gauche ou les victimes des vagues de chaleur, en y prenant ostensiblement, comme vous, du plaisir, sans même visiblement se rendre compte que vous vous vautrez chaque jour un peu plus dans la boue.
Cordialement,
Jules Blaster
(1) À partir d’environ 1h27min20s dans le replay de l’émission « Quelle époque ! » du 6 juin 2026.
(2) Soulignons ici que dans le — légitime — concert d’indignation qui s’est fait entendre suite à ces proférations sexistes, un autre son de cloche a résonné sur le plateau de « Touche pas à mon poste » sur C8, où une partie des chroniqueurs et chroniqueuses ont volé à votre secours, parmi lesquelles une certaine Géraldine Maillet.
(3) Dans le même ordre d’idée, rappelons que vous avez récemment jugé bon de remettre en question les accusations de racisme portées par le footballeur brésilien Vinicius Jr. après qu’il eut dénoncé le joueur argentin Gianluca Prestianni pour l’avoir traité de « singe » pendant un match, jetant même la suspicion sur celui a avait subi les injures : « Mais je m’en fous de ce que dit Vinicius ! Est-ce que à 100% on est certains que c’est ça qui a été dit ? […] Vinicius est sur toutes les emmerdes ! ».
(4) Ce courrier n’est pas le lieu pour porter un jugement global sur votre expertise dans le domaine footballistique ni sur la qualité globale de vos ouvrages et de vos interventions sur le sujet. Après tout, c’est vous qui avez fait le choix de vous mettre en scène ailleurs et sur tous les autres thèmes, il est donc bien normal que nous jouions le jeu.
Signalons toutefois que votre façon de faire vous a valu quelques ennuis judiciaires, avec entre autres une condamnation pour diffamation envers l’ancienne footballeuse du PSG Aminata Diallo, que vous aviez présentée comme responsable d’une agression contre une de ses ex-coéquipières, ou encore une relaxe en première instance dans un procès en diffamation intenté par le sélectionneur de l’équipe de France Didier Deschamps que vous aviez traité de « menteur » — et qui a fait appel.
Et signalons également que certains facétieux se gaussent de vos plantages à répétition en termes de pronostics ou d’appréciations, par exemple ces dernières années concernant Luis Enrique, l’entraîneur du PSG, que vous avez qualifié de « pire entraîneur de l’histoire du PSG » avant qu’il n’emmène son équipe remporter deux Ligues des Champions. Avec une mention spéciale pour vos contorsions sur l’Olympique de Marseille, une équipe à propos de laquelle vous déclariez, au début de la saison 2025-2026, qu’elle avait « les moyen de lutter longtemps avec le PSG pour le titre [de champion de France] », avant de vous en prendre quelques mois plus tard à ceux qui avaient stupidement prétendu que ladite équipe avait ses chances pour le titre de champion de France, et d’expliquer que bien évidemment vous n’en faisiez pas partie.
L’honnêteté nous amène toutefois à reconnaître qu’il vous arrive aussi de ne pas vous tromper, il est vrai qu’avec deux heures d’antenne quotidienne cela deviendrait très gênant.
(5) Notons d’ailleurs que lorsque des enquêtes journalistiques approfondies portent sur votre supposé champ de compétence, à savoir le football, et révèlent de désagréables vérités, vous préférez, au nom de votre immense connaissance du secteur, jeter la suspicion sur vos confrères que prendre en compte le sérieux de leur travail, comme ce fut le cas en 2018 suite à une série d’articles de Mediapart consacrés au « fichage ethnique » des joueurs recrutés au PSG.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret