
Effectifs multipliés par quatre, équipements militarisés, commissariat flambant neuf inauguré en grande pompe : à Saint-Denis, la police municipale est choyée par son maire socialiste Mathieu Hanotin, qui place la sécurité au cœur de son action. Mais sur le terrain, un malaise grandit. Dans plusieurs quartiers populaires, des habitants dénoncent des contrôles abusifs, des humiliations et des violences, nourrissant une spirale de tensions.
En bas des tours du quartier Gabriel-Péri, au nord de Saint-Denis, le ton monte. Une brigade de police municipale, composée d’une dizaine d'agents, ordonne à des jeunes de dégager du square où ils passent l’après-midi, au pied de leurs immeubles. Une habitante filme la scène et interpelle un adolescent de 15 ans : « Ils t'ont balayé et attrapé par les couilles ? » « Oui, c'est lui, là, celui qui parle », répond le jeune en désignant un policier.
La vidéo, postée sur les réseaux sociaux, date de juin dernier. Elle s’inscrit dans un contexte tendu : quelques jours plus tôt, la mairie a fermé l'espace jeunesse du quartier. Plusieurs des adolescents présents sur les images participaient aux activités de ce local municipal. Ils l’ont mauvaise : non seulement la mairie les prive de leur lieu d’accueil, mais en plus elle veut les chasser de l'espace public. « C'est chez eux ici. Leurs parents paient un loyer dans ce quartier, et on leur demande de disparaître », s’indigne Lila* (le prénom a été modifié), une habitante présente lors de la scène. « J’ai vu des mamans en pleurs, choquées par ce qui se passait », raconte-t-elle à Blast.
L’épisode illustre une politique municipale clairement assumée. Élu en 2020, Mathieu Hanotin a mis fin à 76 ans de communisme municipal à Saint-Denis, après une campagne largement axée sur la sécurité. Ancien directeur de campagne de Benoît Hamon en 2017, le maire socialiste a fait de cette thématique le fil conducteur de son mandat. Une priorité affichée qui, selon l’opposition et les syndicats, vise à tailler dans les services sociaux et à durcir les relations entre la mairie et une partie de la population.
Depuis, les scandales se succèdent, au point qu'il serait difficile de tous les recenser ici. En février 2022, une équipe de la police municipale charge sans sommation des supporters dans le quartier de la gare. Une petite fille de huit ans est bousculée et se casse deux dents du haut dans sa chute, comme le rapporte StreetPress, qui alertait déjà, en 2023, sur une importante hausse des violences commises par la police municipale.
D’après de nombreux témoignages, ces violences continueraient à marquer le quotidien des habitants. Dans les rues de Saint-Denis, ils racontent que les relations entre policiers et population se dégradent, au point que la police municipale devient parfois la cible de groupes de jeunes excédés par ses interventions. Le 30 mars dernier, dans le quartier des Francs-Moisins, des agents essuient des jets de projectiles lors d'une intervention. Une vingtaine de jeunes attaquent deux voitures de police à coups de barres de fer et de barrières de chantier. La scène, filmée depuis le balcon d’un immeuble, montre qu’en quittant les lieux, une de ces voitures tente à deux reprises d'écraser un jeune homme. Sa mise en ligne provoque un tollé sur les réseaux sociaux.
Au-delà des épisodes de violence les plus visibles, des habitants décrivent surtout un harcèlement quotidien des jeunes dans l'espace public. Ils parlent de contrôles d'identité répétés, alors que cette compétence relève légalement de la police nationale, mais aussi d’humiliations et d’insultes… « Depuis qu'ils viennent au quartier, on voit ça tous les jours », témoigne Théo, un jeune habitant de Gabriel-Péri. Pour appuyer ses propos, il nous montre une vidéo filmée en septembre dernier par un ami. Les images montrent un policier musclé en train de le contrôler et de lui tapoter la joue avec le dos de la main, de façon insistante. Théo commente la scène : « Ils contrôlaient un pote à moi et ils étaient très agressifs. On leur a juste dit de se calmer, qu’il n’y avait pas de problème. Et là, ils ont commencé à m’intimider et à essayer de me baffer ». Selon lui, la situation a changé récemment. « Avant 2021, la police municipale ne patrouillait pas ici », assure-t-il. Aujourd’hui, dit-il, la stratégie est l’évitement : « Dès qu'on les voit arriver, on s'en va, on les évite, sinon, on sait que ça peut mal tourner ». Lila* fait le même constat : « Dès qu'ils occupent l'espace public, les jeunes sont automatiquement assimilés à des dealers par la police. La police est là pour nous protéger. Mais qui protège les jeunes de la police ? », interroge-t-elle.
Les agents distribuent aussi des amendes forfaitaires à la chaîne, autour d’un triptyque bien rôdé : dépôts d'ordures, nuisances sonores et regroupement dans l'espace public. Certaines zones de la ville font en effet l’objet d'arrêtés municipaux interdisant les rassemblements. A cela s’ajoutent les contraventions pour stationnement gênant, crachats sur le bitume ou encore les poursuites pour outrage. Une enquête de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) montre que de plus en plus de jeunes, à peine majeurs, issus des quartiers populaires, cumulent ainsi plusieurs dizaines d’amendes et se retrouvent endettés de plusieurs milliers d’euros avant même d'entrer dans la vie active.
Ces pratiques interrogent aussi le rôle assigné à la police municipale. Dans un article publié en décembre dernier, Le Monde évoquait déjà des dépassements de prérogatives à Saint-Denis. « On les a vus progressivement déborder le champ de la tranquillité publique », racontait au quotidien un policier national passé par la ville. « Par exemple, en allant faire des surveillances et des interpellations sur du trafic de stupéfiants, ce qui pouvait nuire à nos opérations. »
J'ai crié, j'étais accroupi les mains sur la tête
Amadou* (le prénom a été modifié) a déjà eu affaire à la police municipale à de nombreuses reprises. « Ils ne m'aiment pas », confie ce jeune homme de vingt ans. « Des amendes, j'en reçois tous les jours », ajoute-t-il amer. Deux épisodes, affirme-t-il, l'ont profondément marqué. D'abord hésitant, l'habitant du quartier Gabriel-Péri, chauffeur de bus de métier, finit par raconter. « Il y a quelques mois, j'étais posé chez moi avec mes parents et on a entendu sonner à la porte », se souvient-il. Sur le palier, la police municipale se tenait, encadrant son grand frère, 21 ans, électricien. « Ils ont dit qu'ils le ramenaient parce qu'il était sur un point de deal, raconte Amadou. Ils sont entrés dans l'appartement en l'étranglant, l'ont jeté sur le canapé et ont dit : "Il sort plus, maintenant". » La mère d’Amadou, témoin de la scène, confirme le témoignage : « Ils sont venus, et ils ont fait n’importe quoi », se souvient la dyonisienne. « Quand ils ont projeté mon fils sur le canapé, un accoudoir s’est cassé ».
Amadou raconte une scène similaire, vécue des mois plus tard. Cette fois, dit-il, les agents le contrôlent vers minuit. « Ils m’ont demandé le code de mon téléphone et si je l'avais volé ». Amadou répond que non, mais les policiers décident de le raccompagner de force chez lui. Arrivés dans l’immeuble, la situation dégénère. « En bas, ils ont dit : "Non, on ne prend pas l'ascenseur, on prend l'escalier". » Amadou affirme que dans la cage d'escalier, un agent lui a fait « une balayette », avant que plusieurs policiers ne le rouent de coups. « J'ai crié, j'étais accroupi, les mains sur la tête. Des voisins sont sortis », retrace-t-il. Avant de le relâcher, ajoute-t-il, un agent aurait « déchiré sa casquette ». La mère d’Amadou se souvient avoir vu son fils rentrer à la maison « avec du sang dans la bouche ». Elle dit s’inquiéter des interactions entre ses fils et les policiers municipaux, et indique recevoir régulièrement à son domicile des amendes forfaitaires les visant : principalement pour « tapage », et pour « crachat sur la voie publique ».
Samuel Bargas co-préside la section Saint-Denis-Plaine Commune de la Ligue des droits de l'Homme. Il a beaucoup entendu ce type de récits. Il explique la difficulté à réunir des preuves matérielles : « les policiers qui pratiquent ce genre d’agissements savent très bien se cacher et éviter d’en faire état dans leurs comptes-rendus de mission », affirme-t-il. Pour autant, la section locale de la LDH affirme avoir recueilli « plus d’une dizaine de témoignages concordants » faisant état de telles violences et qui, selon lui, « convergent » avec celui d'Amadou. Les agents mis en cause sont « minoritaires » au sein des effectifs, souligne Samuel Bargas, mais les victimes, elles, « sont nombreuses ».
« On constate des pratiques de harcèlement visant des jeunes adultes racisés, perçus comme Arabes ou Africains. Cette police a beaucoup de moyens, mais certains agents adoptent des comportements qui sortent clairement du cadre républicain », juge le représentant de la LDH. Il précise : « Ils recourent à des gazages, à des humiliations, et à des violences graves que nous assimilons, à la LDH, à des formes de torture. » La LDH a fait état de ces témoignages dans une lettre ouverte adressée au maire le 24 novembre dernier. Elle y dresse l’inventaire de pratiques qu’elle considère comme illégales et annonce avoir saisi le Défenseur des droits afin qu'un examen des pratiques de la police municipale soit engagé. Extrait : « Plusieurs témoignages fiables illustrent des humiliations et violences subies par des habitants et des salariés : tutoiements, insultes, mise au sol étouffantes, inhalation de gaz toxiques, tirs de flash-balls, mises en fourrière arbitraires de véhicules. De plus, certains policiers municipaux s’arrogent le droit de procéder à des contrôles d’identité, illégaux, sans que leur contexte n’en démontre la nécessité. »
Selon l’élue d’opposition Sophie Rigard (membre du groupe Saint-Denis à gauche), ces pratiques s'expliquent en partie par l’essor rapide de la police municipale voulu par la mairie, avec l’objectif d’en faire un relais de la police nationale placé sous son autorité directe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lorsque le maire socialiste Mathieu Hanotin prend ses fonctions, la commune ne compte qu’une quarantaine de policiers municipaux. Depuis, la municipalité a multiplié par quatre les effectifs. La police municipale atteint aujourd’hui 160 agents, dont 120 policiers sur le terrain à la suite d’une fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte en janvier 2025. La mairie crée une brigade cynophile et met sur pied une unité présentée comme une force d’intervention : le GIR (Groupe d'intervention rapide), sorte de Brav-M municipale qui sillonne désormais rues et trottoirs à moto pour intervenir plus vite.
Pour loger ces nouvelles troupes, la ville rénove un ancien commissariat de police nationale et en a fait un quartier général high-tech, inauguré cette année. Le site abrite un Centre de supervision urbaine (CSU), où convergent les images des 722 caméras de vidéosurveillance déployées sur la nouvelle commune Saint-Denis-Pierrefitte. Là encore, l’augmentation est spectaculaire. En 2020, Saint-Denis disposait seulement de 60 caméras fonctionnelles. Aujourd'hui, sur le même périmètre, on en recense 634, soit une multiplication par plus de dix. Ces chiffres figurent dans un rapport présenté en conseil municipal le 25 septembre dernier par l'adjointe au maire chargée de la sécurité, et publié par le Blog de Saint-Denis sous le titre : « Bilan de la police municipale et perspectives. »
L’escalade est tout aussi visible en matière d’équipement. Dès le début de son mandat, Mathieu Hanotin décide d'équiper la police municipale avec des armes à feu de catégorie B, des pistolets semi-automatiques de calibre neuf millimètres. Depuis, les agents se sont dotés d’un arsenal complet d'armes dites non-létales et d’équipements de maintien de l’ordre : tasers, grenades lacrymogènes, lanceurs de balles de défense (LBD)... Une transformation profonde, qui s’éloigne nettement de l'idée de police de proximité, pourtant censée constituer le coeur des polices municipales.
C'est cet abandon assumé de la notion de « polprox » qui a poussé un ancien policier municipal, né et grandi dans un quartier populaire, à quitter la ville. Il avait servi plusieurs années sous la municipalité communiste, puis environ un an après l'élection d'Hanotin, avant de partir, en 2021. Il témoigne aujourd’hui sous couvert d'anonymat. « Sous la mairie communiste, on faisait de la proximité intelligente. Après, on a commencé à ne plus se concentrer que sur la vente à la sauvette », se souvient-il. Dès l’arrivée de la nouvelle majorité socialiste, les consignes changent. Le recrutement massif d'agents extérieurs à la région bouleverse aussi les relations au sein des équipes. « On m’a reproché de créer de la proximité avec les habitants. L'élue à la sécurité de l'époque m'a convoqué et a demandé que je sois sanctionné parce que je checkais des gens dans la rue », raconte-t-il. « J'essayais aussi de faire de la prévention auprès des jeunes, de leur faire connaitre leurs droits face à la police, et ça, ce n'était plus possible. On se prenait des rappels à l’ordre si on résistait aux nouvelles méthodes, et on sentait une pression pour nous pousser vers la sortie et nous remplacer par des cow-boys. »
Avec l'arrivée de ces « cow-boys », le climat se dégrade selon lui jusque dans les vestiaires. « Certains avaient des fleurs de lys tatouées [ce que confirme l'enquête de StreetPress évoquée plus haut, NDLR]. Ils ne disaient pas bonjour, mettaient des chants patriotes dans les vestiaires. Ça allait jusqu'à faire des bruits de singe et lancer des peaux de bananes », décrit l’ancien agent, qui pense alors avoir à faire à « un groupe de suprémacistes. » « Ils appelaient les mecs de quartier “les bâtards“. Et pour eux, j'en étais un. »
Selon lui, c'est à partir de cette période que les violences auraient commencé à se multiplier, visant en particulier les vendeurs à la sauvette. « J'en ai vu un se faire tabasser. Un collègue rackettait les vendeurs : il n'allait plus au tabac, il prenait directement leurs cigarettes, et même leur bouffe. Il est toujours en poste. » Malik* (le prénom a été modifié), vendeur de cigarettes à la sortie du métro Porte de Paris, décrit des pratiques qu’il dit avoir observées à de nombreuses reprises. « Quand les policiers nous attrapent, ils nous emmènent dans le métro, là où il n'y a pas de caméras. Ça arrive tout le temps. On se fait étrangler et on prend des coups », témoigne-t-il. Il affirme également qu’un agent lui aurait volontairement lacéré son manteau. Ces accusations sont corroborées par plusieurs témoignages, recueillis auprès de vendeurs de cigarettes et d’au moins un agent de la police municipale, cités en octobre 2024 par Valeurs actuelles, qui décrivent des faits similaires de racket et de violences.
Blast a pu consulter un courrier anonyme, envoyé par email en janvier 2024 au maire de Saint-Denis, à la direction générale des services, et à plusieurs élus municipaux. Signé « Des personnes aimant Saint-Denis », il rapporte des informations très détaillées sur le fonctionnement interne de la police municipale. Il évoque notamment l’existence d’un cahier interne recensant les heures supplémentaires des agents, et ce que le courrier présente comme « des arrangements entre copains » dans l’attribution des congés. Selon l’élue d’opposition Sophie Rigard, ce niveau de détail avait conduit plusieurs destinataires à estimer que l’auteur pouvait être « un ou plusieurs agents des services de la police municipale ». N’ayant pu vérifier la moindre identité, elle n’a pas rendu le document public. Son contenu semble néanmoins corroborer plusieurs éléments recueillis par Blast et d’autres médias cités dans l’article.
Le courrier fait état d’une série d’abus de pouvoir et de violences présumées qu’il attribue à la police municipale sur la période 2022-2023. Son auteur — ou les auteurs — affirme avoir observé des dysfonctionnements au quotidien, tels que rivalités internes, sanctions jugées arbitraires, malaises en service, ainsi que des « attouchements » non consentis entre collègues. Il mentionne aussi des comportements qualifiés de « non déontologiques », comme des manipulations inapropriées – « pour s’amuser », lit-on - de gazeuses, de LBD ou d’armes de service.
Des faits de violences policières présumées sont cités : un agent aurait donné « un coup de poing sur un individu bien menotté, fin septembre 2023, devant la boulangerie Paul, rue Jean Jaurès », un autre aurait été « filmé en train de donner de jolies baffes durant une intervention à un homme menotté », et le courrier mentionne « une interpellation musclée » impliquant « l’usage d’un étranglement ».
Il affirme également que certains agents auraient zappé ou carrément falsifié des rapports d’intervention, un point déjà signalé par le représentant de la Ligue des droits de l’Homme. Exemple : « En septembre 2023, une agente ayant volontairement tiré un coup de flashball sur un civil « par erreur » a « oublié » d’écrire cette action sur son rapport (…) évitant la garde à vue grâce à ce faux rapport ».
Le texte se termine par un appel direct au maire : « Monsieur le maire, nous vous saurons gré de bien vouloir vous pencher avec minutie sur l’état de votre police », suivi de cet avertissement : sans réponse, « d’autres tiers médiatiques » pourraient « nous prêter une oreille attentive ».
Indépendamment des pratiques mises en cause, le boom des effectifs et des moyens de la police municipale commence à peser sur le budget de la ville. La réhabilitation du commissariat, vitrine de cette politique sécuritaire, a coûté à elle seule 19 millions d'euros. En épluchant les comptes administratifs, on découvre aussi que l'extension du parc de vidéosurveillance a représenté 5,4 millions d'euros d'argent public entre 2021 et 2024.
Mais c’est surtout la masse salariale qui alourdit les finances locales. Les « charges de personnels et frais assimilés », consacrées à la sécurité sont passées de 5,2 millions d'euros en 2020, dernier exercice de la municipalité communiste, à 11,2 millions d’euros en 2024. Et ce, alors même que les policiers municipaux « sont bien mieux payés que l'ensemble des agents des autres services de la ville », constate l’élue Sophie Rigard. Un constat qui ne tient même pas compte des primes et des heures supplémentaires, versées de manière quasi systématique.
« Quand j'étais à Saint-Denis, avec les primes et les heures sup, je gagnais 3 500 par mois », se souvient l'ancien policier municipal. À ses yeux, cette politique salariale reflète un choix assumé : attirer massivement des agents en leur promettant des salaires attractifs. « Beaucoup de municipaux viennent de la gendarmerie ou de la Police nationale. C'est la paye qui les attire. Il y a facilement 1000 euros de différence », explique-t-il.
Conséquence : depuis le début du mandat de Mathieu Hanotin, la sécurité est devenue le premier poste d'investissement de la ville. Dans le plan d'investissements 2024, elle domine largement avec 12,8 millions d'euros, loin devant l'éducation, reléguée à la seconde place avec 7,9 millions. Et ce, alors même que plusieurs écoles de la commune sont dans un état de délabrement avancé.
Ces dépenses convainquent d’autant moins qu’elles peinent à démontrer leur efficacité. Pour la vidéosurveillance, une étude de 2021 révélée par Le Monde est sans appel : les caméras aident très peu à résoudre les enquêtes et ont des effets « quasiment nuls sur la prévention de la délinquance ».
Même dans ses propres documents, la municipalité peine à démontrer l’efficacité de sa politique sécuritaire. Dans le rapport présenté en septembre par l’adjointe à la sécurité, le grand centre-ville, gare de Saint-Denis et place du 8 mai 1945, est décrit comme « aujourd’hui exposé à une montée continue de phénomènes de délinquance, porteurs d’atteintes graves à la tranquillité publique, à la sécurité des personnes et à l’apaisement de l’espace public ».
L'opposition et plusieurs collectifs citoyens pointent aussi la faiblesse des politiques de prévention des rixes. Ces dernières années, la ville a pourtant été endeuillée à plusieurs reprises par des affrontements mortels entre adolescents. Moins d'un an après son élection, le maire socialiste avait décidé de supprimer le Groupe d'intérêt public (GIP), une équipe de médiateurs qui sillonnait les rues la nuit pour prévenir les conflits. La municipalité justifiait ce choix par l'extension des horaires d'intervention de la police municipale, d’abord jusqu'à 2 heures du matin, puis récemment en service continu, 24/24h. « C'est indécent, s’indigne Sophie Rigard. Ils ont supprimé la médiation et en mai dernier, lorsqu'ils ont présenté une stratégie sur la tranquillité publique, il n'y avait rien sur les rixes. »
En septembre, l'élue d'opposition a interpellé le maire en conseil municipal sur ses choix sécuritaires. Elle lui reproche notamment de refuser l’instauration d’un numéro RIO pour identifier les agents, comme dans la police nationale, et de s’opposer à la création d’un comité d'éthique indépendant chargé de contrôler le respect de la déontologie. « Le traitement de ces questions en conseil municipal n'est pas sérieux du tout, déplore-t-elle auprès de Blast. Ça relève de la légèreté, de la caricature, de l'irresponsabilité. L'opacité règne. On est dans une pure surenchère, parce que le maire se fixe des objectifs de moyens, pas de résultats. On le voit dans le rapport de septembre, où les chiffres ne témoignent nulle part des résultats de ces politiques. »
À quelques mois des municipales de 2026, ces enjeux de sécurité feront évidemment débat. Le maire sortant devra défendre son bilan face à une liste de gauche unie - insoumis, communistes et liste citoyenne Saint-Denis au Cœur, qui met notamment en avant la question des relations entre la police municipale et la population.
Contactée par Blast le mercredi 3 décembre, la mairie de Saint-Denis n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon