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À Perpignan. Une catharsis antifasciste

Une création originale de Alexandre Héraud, Vincent Decque

Durée 00:46:33 - Publié le 26 mai 2026

© Blast, le souffle de l’info

Le carnaval est ouvert ce samedi 11 avril 2026 à Perpignan. Et cela Pagaille ne pouvait pas rater le rendez-vous! Dans les rues de la cité catalane un charivari antifasciste, festif et rageur, tente de redonner du souffle à une opposition dispersée et sonnée par la réélection dès le premier tour de Louis Aliot. Ici, la fête n’est pas une parenthèse : elle devient un acte politique. Une tentative de refaire corps dans une ville où l’extrême droite s’est durablement installée.

Car Perpignan est devenue un symbole national. Depuis 2020, cette ville de plus de 120 000 habitants est la seule commune de cette taille dirigée par le Rassemblement National. Six ans après sa première victoire contre l’ancien maire LR Jean-Marc Pujol, Louis Aliot — vice-président du RN et artisan de la stratégie de « dédiabolisation » du parti — consolide son implantation avec une réélection nette au premier tour. Un succès d’autant plus frappant que son premier mandat, contesté sur de nombreux aspects sociaux et économiques, ne semblait pas annoncer une victoire aussi confortable.

Mais à Perpignan, les fractures politiques se superposent aux fractures sociales.
 Derrière le slogan municipal « Perpignan la Rayonnante », la réalité est plus brutale : trois quartiers figurent parmi les plus pauvres de France. À Saint-Jacques, près de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans ces rues où se mêlent populations gitanes et maghrébines, le sentiment de déclassement traverse tout. Ici, les discours politiques traditionnels semblent souvent ne plus produire d’effet.

Un autre récit a pris la place. Celui des réseaux sociaux, des figures virales et d’une mise en scène permanente de la précarité. Un nom revient partout : Nasser Sari, plus connu sous le pseudo Nasdas. L’influenceur millionnaire filme la « chienneté » de son quartier sur Snapchat, transformant la misère sociale en feuilleton numérique suivi par des millions d’abonnés. Même dans un kebab de la place Cassanyes, une sauce porte désormais ce nom : « sauce chienneté ». Un détail presque absurde, mais révélateur d’une époque où la relégation devient une esthétique et une marque culturelle.

Dans cet épisode de Pagaille, journalistes, militants, universitaires et habitants tentent de comprendre comment Perpignan a basculé. Parmi eux, Jean-Bernard Mathon, surnommé « le conservateur révolutionnaire », analyse une ville où patrimoine, pauvreté et tensions identitaires se télescopent sans cesse.

Un constat revient avec insistance : la division des forces d’opposition a largement facilité l’ancrage du RN. Lors du scrutin municipal de 2026, la gauche et le centre se sont présentés en ordre dispersé, incapables de construire une candidature commune crédible face à Aliot. Plusieurs listes concurrentes se sont neutralisées mutuellement pendant que le RN consolidait son électorat.

Le résultat est sans appel : Louis Aliot dépasse les 50 % dès le premier tour, tandis que les oppositions fragmentées restent très loin derrière. Pour plusieurs intervenants du podcast, cette dispersion électorale n’est pas un accident mais le symptôme d’un effondrement politique plus profond : perte de repères idéologiques, guerres d’appareil, incapacité à parler aux quartiers populaires et abandon du terrain culturel.

Face à cela, le carnaval antifasciste apparaît comme une tentative de réactivation collective. Pas un folklore militant, mais une réponse sensible et politique. Des collectifs se réunissent discrètement dans des locaux tenus secrets, fabriquent affiches et slogans, organisent une parade pensée comme un moment de reconquête symbolique de l’espace public. Les voix sont parfois dissimulées. La peur existe. Mais la volonté de résister aussi.

À Perpignan, la culture devient alors une ligne de front.
 Dans la Librairie Torcatis, autre point de ralliement intellectuel et antifasciste, circulent les travaux de Nicolas Lebourg, Dominique Sistach et David Giband, auteurs de Perpignan, déclassement et droitisation. Un ouvrage devenu essentiel pour comprendre comment une ville historiquement populaire et métissée a pu devenir le laboratoire d’une extrême droite municipale désormais normalisée.

Ce 24e épisode de Pagaille explore ainsi une ville sous tension, où la fête se transforme en exutoire politique, où les défaites électorales produisent malgré tout des formes de résistance, et où une partie des habitants refuse encore de céder à la résignation.

Une plongée dans Perpignan, ses fractures, ses colères et ses fantômes, mais aussi dans cette énergie fragile qui persiste malgré tout : celle de continuer à lutter sans perdre son sang-froid.

Avec 

Le collectif informel organisateur du Charivari , Carnaval Antifa 2026 
Le collectif « les effronté/es » 
Kevin Courtois président antenne locale de de SOS Racimse et organistar du festival « Nostra Mar » 
David Sistach , politologue auteur avec   Nicolas LEBOURG et David Gibrand de  “Perpignan, déclassement et droitisation”  aux éditions TRABUCHAIRE 
https://www.trabucaire.com/boutique/essai-societe/perpignan-declassement-et-droitisation/

Jean Bernard Mathon, restaurateur d’art /professeur à l'université de Perpignan. Chevalier des Arts et des Lettres  co-listier (co-tête) de la liste 

« Perpignan autrement »

Maitre Pierre Brunisso du collectif  la "bar" dont les action et engament sont a decouvor sur le compte instagram la BAR B A R 

Cathy Oustrière association défunte“le fil à Metisser “ https://www.facebook.com/lefilametisser/

Remerciements :

 Philippe Deblauwe ainsi que Nicolas CAUDEVILLE  et son blog  'l'archipel contre- attaque" https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/

Pour aller plus loin : 

l’annonce du carnaval et son appel , sur le site de Riposte https://www.ripostes.org/evenement/super-carnaval-antifasciste-2026-de-perpignan/

Librairie Torcatis https://www.librairietorcatis.com/
libraire independande depuis 1945 

« Made In  Perpignan » fondé par Maïté Torre 
https://madeinperpignan.com/

Crédits

Un documentaire d’Alexandre Héraud, monté, réalisé et mixé par Vincent Decque. Musique originale de SAHMEN - feat R.Wan (Y s'passe quoi) Mastering : Baptiste Veilhan Graphisme : Morgane Sabouret Production : Oriane Marty Directeur des programmes : Mathias Enthoven Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa Directeur de la rédaction : Denis Robert