
En octobre 2022, le multimilliardaire de la tech Elon Musk rachète le réseau social Twitter, qu’il rebaptise X. Sous sa direction, la plateforme s’est muée en avant-poste de la bataille culturelle menée par les forces réactionnaires. Loin de se cantonner à un rôle de simple spectateur, l’homme le plus riche du monde use de son influence et de sa notoriété pour donner un coup d’accélérateur au processus de fascisation des esprits et in-fine de permettre à l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Dernière initiative en date, l’introduction d’une nouvelle fonctionnalité sur X : la traduction automatique des posts. Mise à jour qui a entrainé une déferlante raciste et xénophobe dont le Japon a été l’épicentre.
Si vous êtes un utilisateur actif du réseau social X, ex-Twitter, vous avez sans doute vu passer des messages avec la mention suivante : « À l’origine en japonais et traduit. »
Le 29 mars dernier, Elon Musk, propriétaire de la plateforme, a annoncé l’introduction d’une nouvelle fonctionnalité : la traduction automatique des posts via Grok, le chatbot d’intelligence artificielle générative développé par sa société xAI.
Loin d’être désintéressée, cette mise à jour constitue une nouvelle étape du projet du patron de Tesla visant à faire de X un gigantesque défouloir à ciel ouvert, où l’extrême droite a toute latitude pour répandre ses idées réactionnaires et xénophobes.
Lors des tractations ayant précédé le rachat du réseau social en avril 2022, Musk avait déclaré vouloir rendre à la plateforme son statut d’agora en restaurant la liberté d’expression, prétendument bridée par la règlementation alors en vigueur.
Dans les faits, son action à la tête de la plateforme a surtout consisté à donner un blanc-seing à l’extrême droite. L’une de ses premières mesures a ainsi été d’autoriser le retour de diverses personnalités précédemment bannies de Twitter. Parmi les amnistiés figuraient notamment Alex Jones, l’un des chefs de file de la complosphère américaine, l’influenceur masculiniste Andrew Tate, des militants néonazis comme Andrew Anglin et Nick Fuentes, ou encore Donald Trump, dont le compte avait été suspendu au lendemain de l’assaut du Capitole par ses partisans, le 6 janvier 2020. Côté français, ce sont notamment l’essayiste et théoricien du « Grand remplacement » Renaud Camus et l’histrion médiatique Jean Messiha, ex-cadre du RN et porte-parole d’Éric Zemmour lors des présidentielles de 2022, qui ont récupéré leur compte à la suite de la levée des suspensions.

Depuis, Musk s’emploie à transformer le réseau social en instrument d’influence taillé par et pour l’extrême droite. L’une des conditions sine qua non pour parvenir à cet objectif était de faire sauter les garde-fous. Dans les mois qui ont suivi le rachat de la plateforme, le milliardaire a procédé à des licenciements massifs dans le but d’asseoir son autorité. En avril 2022, lors d’une rencontre avec Thierry Breton, alors commissaire européen chargé du numérique, le fondateur de SpaceX avait déclaré être sur la même longueur d’ondes que les responsables européens en matière de modération des contenus en ligne. Ce qui ne l’a pourtant pas empêché de mettre à la porte plus de 1.200 modérateurs, comme l’a révélé l’agence de régulation numérique australienne eSafety dans un rapport publié en janvier 2024. Purge qui a, par ricochet, bénéficié au climatodénialisme et à la désinformation vaccinale (1).

Semblablement, l’homme d’affaires est régulièrement accusé de manipuler l’algorithme de X à des fins politiques et pour accroître la visibilité de son compte personnel ; ce qui est pour le moins ironique dans la mesure où il a fait de la supposée neutralité de Grok un argument marketing, par opposition à Wikipédia et aux autres chatbots qu’il juge gangrenés par le wokisme (1).
« Sous l’apparence de la neutralité algorithmique, qui est évidemment un oxymore, c’est vraiment le prolongement de la vulgate de Musk », analyse Olivier Tesquet, journaliste à Télérama et spécialiste du numérique (2).
Cette stratégie, le magnat de la tech la met également en pratique à l’échelle personnelle en relayant à tout-va sur son propre compte X des posts hostiles à l’immigration, au wokisme et à tout ce qui s’apparente de près ou de loin au progressisme, et en interagissant directement avec les auteurs desdits posts. En novembre 2023, l’entrepreneur libertarien a été accusé d’antisémitisme. « Vous dites la stricte vérité » avait-il écrit en réponse au post d’un utilisateur qui affirmait que les Juifs poussaient à « la haine contre les Blancs » (3).
Plus récemment, il a partagé des publications de Thaïs d’Escufon, militante identitaire et ancienne porte-parole de Génération Identitaire, et du patron du média Frontières Erik Tégner , tous deux condamnés par la justice. La première pour « injure publique à raison de l’origine, de l’ethnie, la nation, la race ou la religion », le second pour avoir divulgué les données personnelles d’avocats en droit des étrangers.

Avec Elon Musk, la liberté d’expression c’est un peu « cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler », pour reprendre la fameuse formule de Jean-Luc Godard raillant l’“objectivité“ télévisuelle. À la différence toutefois que, dans le cas présent, le milliardaire, actuellement visé par une enquête du Parquet de Paris sur la base notamment de soupçons de manipulation de l’algorithme du réseau social, a gracieusement fourni à l’extrême droite un mégaphone.
Consécutivement à la mise en service de la traduction automatique, nombre d’utilisateurs de X ont notamment vu passer sur leur fil d’actualité des posts provenant de comptes japonais. Et pour cause, les Japonais sont parmi les utilisateurs les plus actifs de ce réseau social. Le pays arrive à la seconde place, derrière les États-Unis, en nombre d’inscrits. Selon une étude du site d’analyse commerciale Demandsage en 2026, le Japon compte plus de 70 millions d’utilisateurs de X, soit plus de la moitié de la population du pays, contre un peu plus de 13 millions d’utilisateurs en France (4). Le Japon concentre plus de 13% de l’activité globale de la plateforme. D’où la survisibilité des messages postés par les internautes japonais.

En France, l’introduction de cette fonctionnalité a été accueillie avec enthousiasme par diverses figures de la fachosphère : Damien Rieu, cofondateur et porte-parole du groupuscule Génération identitaire dissous en 2021 sur décision de l’État, l’ex-Femen et nouvelle égérie de l’extrême droite Marguerite Stern, les streamers Psyhodelik et Sardoche, l’influenceur et autoproclamé « meilleur noir de France » Le Bracq (5) ou encore le militant ethno-nationaliste Daniel Conversano.

L’extrême droite japonaise a été l’une des premières à investir l’espace numérique pour y propager ses idées. C’est par le terme de « netto uyoku », littéralement « droite d’Internet », que l’on désigne ces cyber-militants dont la croisade virtuelle a d’abord été menée sur des forums tel que 2chan (5). Leurs cibles privilégiées : les médias traditionnels, les étrangers, les « Zainichi » (citoyens d’origine coréenne, ndlr) (6), ou encore le Nikkyoso, principal syndicat enseignant du pays, accusé de véhiculer une vision faussée et culpabilisante de l’histoire du Japon.
En 2016, la Diète japonaise (l’équivalent du parlement, ndlr) a adopté une loi sur les discours haineux. Dans les faits, cette mesure est purement cosmétique ; le texte ne prévoyant aucune sanction pénale contre ce type de propos.
La démocratisation d’Internet survient durant ce que les spécialistes ont appelé la « décennie perdue ». Au début des années 90, l’éclatement de la bulle spéculative sonne le glas du « miracle économique japonais ». La croissance est en berne, les jeunes travailleurs peinent à trouver des débouchés. Encore aujourd’hui, l’économie japonaise est minée par la déflation.
En parallèle, le pays du Soleil levant est confronté à une profonde crise démographique. Depuis 2008, la population diminue de manière continue. L’an passé, le Japon a ainsi enregistré son plus faible nombre de naissances depuis 1899. En conséquence, de nombreux secteurs d’activité manquent de bras. En 2018, pour remédier à cette situation, le gouvernement de Shinzo Abe (7) a fait voter une loi facilitant l’accueil des travailleurs étrangers. En l’espace de vingt ans, le nombre d’étrangers présents sur le territoire japonais a presque doublé. Selon les chiffres de l’Agence de l’immigration, le pays comptait en 2024 plus de 3,7 millions d’étrangers (dont environ la moitié originaires de Chine, de Corée et du Vietnam) pour une population de plus de 122 millions d’habitants.
Stagnation économique, accroissement des inégalités, incertitudes sur l’avenir : autant de facteurs contribuant à alimenter un ressentiment à l’égard des « gaijins » (terme signifiant « personne de l’extérieur », employé pour désigner les non-Japonais, ndlr) au sein d’une partie de la population.
Pourtant, jusqu’à récemment, l’immigration était un sujet dont l’extrême droite japonaise se préoccupait assez peu, comme nous l’a expliqué Thierry Guthmann, docteur en sciences politiques et professeur à l’université de Mie dans le sud de l’archipel. Les discours xénophobes étaient avant tout dirigés contre les communautés chinoises et coréennes.
Une organisation a même fait du racisme anti-coréen sa raison d’être et sa ligne directrice : le Zaitokukai (8), fondé en 2006 par le bloggeur Makoto Sakurai. Très actifs sur Internet, ses militants ont également fait parler d’eux en menant une série d’actions coup de poing dans les quartiers où l’on compte une importante communauté coréenne.

Au cours des dernières années, l’arrivée de nouveaux immigrés, venus notamment d’Indonésie et du sous-continent indien, ainsi que le comportement jugé irrespectueux de certains streamers étrangers a créé des remous au sein de la société japonaise.

Ces tensions se sont notamment traduites par la montée de plusieurs formations d’extrême droite à l’instar du Sanseito, le « Parti du faites-le vous-même ». Lors des élections sénatoriales du 20 juillet 2025 remporté 14 sièges sur les 124 à pourvoir au sein de la Chambre des Conseillers
Pour Thierry Guthmann, le Sanseito, qui a beaucoup misé sur les réseaux sociaux pour séduire les électeurs jeunes et moins jeunes, partage une matrice idéologique commune avec le mouvement MAGA : hostilité à l’égard de l’immigration, opposition à la vaccination, adhésion aux théories du complot, etc. Son leader, Sohei Kamiya, a ainsi attribué les difficultés que connait le pays au « mondialisme totalitaire » et dénoncé « l’invasion silencieuse » de l’archipel par les étrangers.

Déjà en 2022, lors de la précédente campagne pour l’élection des conseillers, il avait tenu des propos à caractère antisémite. Chose assez peu commune dans le paysage politique nippon, comme nous l’a indiqué Thierry Guthmann.
Bien que le parti présente des particularités par rapport aux milieux nationalistes traditionnels, il demeure aligné sur les fondamentaux : valorisation de la figure de l’Empereur, abrogation de l’article 9 de la Constitution et remilitarisation, révisionnisme, etc. (Voir encadré)
C’est d’ailleurs pour endiguer le report de voix vers le Sanseito que le Parti libéral-démocrate (PLD), qui dirige le pays de manière quasi-ininterrompue depuis les années 1950, a choisi de durcir sa ligne. Durcissement incarné par l’actuelle Première Ministre Sanae Takaichi, première femme à accéder à ce poste.
Les Français ont eu Coluche. Les Américains Vermin Supreme. Les Britanniques, plus récemment, le Comte Tête-de-poubelle. Le Japon aussi compte son lot de candidats loufoques et antisystème à l’image de Yusuke Kawai, le « Joker japonais ». Humoriste de formation, il décide de se lancer en politique en 2021 et se porte candidat au poste de gouverneur de la préfecture de Chiba. Ses vidéos de campagne, dans lesquelles il adopte l’apparence de l’ennemi juré de Batman, font le tour de la Toile et attire même l’attention des médias étrangers.

Dans son programme, les mesures sociales, comme la gratuité des repas scolaires, côtoient des propositions plus fantaisistes : autoriser la polygamie pour relancer la natalité ou faire de « Libérée, délivrée », chanson du film de Disney La Reine des neiges, l’hymne officiel de la préfecture de Chiba. Un an plus tard, il récidive et se présente aux élections de la préfecture de Saitama. Progressivement, le clown se prend au jeu et délaisse la dénonciation de la classe politique, qui constituait pourtant l’une des raisons de son succès, pour enfourcher un nouveau cheval de bataille : la lutte contre le « problème des étrangers ».
« Au départ, il n’était pas autant marqué à l’extrême droite. Il avait notamment fait parler de lui avec une vidéo dans laquelle il se moquait de la gouverneure de Tokyo Yuriko Koike et appelait les gens à aller voter. Sa démarche été avant tout civique. J’ai été assez surpris par son glissement idéologique », explique Thierry Guthmann.
En 2025, Yusuke Kawai est élu conseiller municipal de la ville de Toda.
Le 22 mars dernier, il s’est rendu dans un parc où se tenait une fête organisée par la communauté kurde, arrivée au Japon les années 1990, pour dénoncer leur présence sur le territoire japonais. Pris à partie, il a été contraint de quitter les lieux. La vidéo de l’altercation a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux.

Si Olivier Tesquet dit avoir été « frappé » par les réactions de la fachosphère à la suite de l’introduction de la traduction automatique, il tient toutefois à en relativiser la portée sur le plan métapolitique : « Ils (les militants d’extrême-droite, ndlr) se réjouissent parce qu’ils sont entre eux. Ça peut leur donner l’illusion que la victoire est à portée de mains mais ils ne doivent pas oublier qu’ils sont sur une plateforme caractérisée par une endogamie politique particulièrement élevée […] À un moment, cette stratégie d’organiser tout azimut une internationale des forces réactionnaires se heurte à des réalités politiques qui ne sont pas très compatibles avec les visées initiales. »
Et de citer en exemple la tentative infructueuse de Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump à la Maison-Blanche, de rassembler les extrêmes droites en une coalition dont il aurait été la tête pensante.
Face à cette résurgence du nationalisme racial, soutenue et alimentée par des ploutocrates comme Musk ou Bolloré, il apparait plus que jamais essentiel de s’inspirer du conseil donné au prince Ashitaka, personnage du chef-d’œuvre d’Hayao Miyazaki Princesse Mononoké, afin qu’il puisse se libérer de la malédiction qui l’afflige : « porter sur le monde un regard sans haine ».
(1) En réaction, Elon Musk a créé sa propre encyclopédie en ligne, Grokipedia, présentée comme une alternative à Wikipédia. Depuis son lancement en octobre dernier, le site est régulièrement épinglé pour son traitement orienté de sujets tels que le changement climatique, le mouvement Black Lives Matter ou la transidentité. La notice biographique du milliardaire ne fait ainsi aucune mention du salut soi-disant romain effectué par celui-ci lors de l’investiture de Donald Trump le 20 janvier 2025.
(3) Affirmation qui reprend un des tropes antisémites les plus usités chez les suprémacistes, à savoir que les Juifs encourageraient l’immigration pour subvertir les nations occidentales de l’intérieure et à terme les conduire à la guerre civile. L’administration Biden a réagi en accusant Elon Musk de faire une « promotion abjecte » de l’antisémitisme. Dans un premier temps, Elon Musk a enjoint ses détracteurs à « aller se faire foutre » mais, confronté au départ de nombreux annonceurs, il finit par revenir à de meilleurs sentiments et présente ses excuses. Après sa visite à Auschwitz en janvier 2024, il reconnait avoir été « naïf » sur la question de l’antisémitisme. Un mea-culpa bienvenu mais qui, pour autant, ne saurait occulter le fait que le réseau social est aujourd’hui l’un des principaux canaux de diffusion de la haine antijuive précisément en raison de la décision de Musk de réduire drastiquement les effectifs dédiés à la modération.
(4) Sont comptabilisés dans le nombre d’utilisateurs, les comptes gouvernementaux, ceux des institutions (musées, universités, hôpitaux, etc) et des entreprises ainsi que ceux des responsables politiques.
(5) Voir à ce sujet le premier volet de l’enquête de Thierry Vincent « Nouveaux influenceurs d’extrême droite et pseudo-science : « Où va la France ? » et Le Bracq ».
(6) L’entrepreneur et développeur américain Christopher Poole s’en servira comme modèle lors de la création du forum 4chan en 2003. A l’instar du forum 18-25 du site jeuxvideo.com, 4chan a progressivement été détourné de son but premier, à savoir échanger autour des mangas et des animes, pour devenir la fosse septique du web anglophone, où tous les militants et trolls d’extrême droite peuvent déverser à loisir leurs immondices. 4chan a notamment joué un rôle significatif dans le développement du mouvement « Incel ». Contraction de « involuntary celibate », « chaste involontaire » en français, ce terme désigne une communauté regroupant des internautes, en majorité hétérosexuels et blancs, nourrissant une profonde animosité à l’égard de la gent féminine née de leur frustration de ne pas être en couple. Plusieurs tueries de masses ont été perpétré par des individus se réclamant du mouvement incel comme récemment à Montréal.
(7) Le terme « Zainichi » désigne les descendants des immigrés coréens venus s’installer au Japon entre 1910 et 1945 ; période durant laquelle la Corée vivait sous domination japonaise.
(8) Premier ministre du Japon de 2006 à 2007 puis de 2012 à 2020, Shinzo Abe est assassiné le 8 juillet 2022 lors d’un meeting en plein air à Nara. Le meurtrier a justifié son geste en invoquant les liens, avérés, entre la secte Moon, dont sa mère est membre, et le politicien.
(9) Le nom Zaitokukai est la contraction de « Zainichi tokken o yurusanai shimin no kai », soit « Réunion des citoyens opposés aux privilèges des Coréens » en français.
Si le révisionnisme n’a jamais trouvé un écho important en France, il en va autrement au Japon où cette question demeure récurrente au sein du débat public.
Créé en 1997, Nippon Kaigi constitue le lobby politique le plus important du pays. L’organisation, qui compte près de 40 000 adhérents, a vu passer en son sein plusieurs Premiers ministres, dont Shinzo Abe et Sanae Takaichi. Elle milite, entres autres, pour la révision des manuels scolaires, l’abrogation de l’article 9 de la Constitution de 1947 et la remilitarisation du pays ou encore la restauration du statut divin de l’Empereur. Statut auquel l’empereur Hirohito a renoncé à la suite de la capitulation du Japon en août 1945.
Les révisionnistes nient, ou tout du moins minimisent, les crimes commis par l’armée impériale en Chine, en Corée et dans le reste de l’Asie lors de la Seconde Guerre mondiale. Une position qui, encore aujourd’hui, est source de tensions entre le Japon et les anciens pays occupés. En octobre ainsi qu’en avril derniers, Sanae Takaichi a envoyé une offrande rituelle au sanctuaire shinto Yasukuni, où sont honorés les soldats ayant donné leur vie pour l’empereur. Y compris des criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale comme le général Hideki Tojo, Premier ministre du Japon 1940 à 1944. Le gouvernement sud-coréen a réagi en faisant part de sa « profonde déception ».
La question du révisionnisme est, par ailleurs, loin d’être circonscrite à la seule sphère politique. On peut notamment citer l’auteur de mangas Yoshinori Kobayashi, dont les œuvres ont servi de support à la diffusion des idées révisionnistes, ou encore le compositeur et chef d’orchestre Koichi Sugiyama, à qui l’on doit la musique des jeux Dragon Quest ; l’une des sagas vidéoludiques les plus fécondes et populaires. Décédé en 2021, Koichi Sugiyama avait nié le massacre de Nankin (+200 000 victimes, pour l’essentiel civiles, selon les estimations du Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, créé en 1946 pour juger les criminels de guerre japonais, ndlr). Il faisait également parti des signataires d’une tribune publié en juin 2007 dans les colonnes du Washington Post en réponse à l’adoption par la Chambre des représentants des États-Unis d’une résolution portant sur les « femmes de réconfort » ; terme euphémisant employé au Japon pour parler des femmes réduites en esclavage sexuel par l’armée impériale dans les pays occupés.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon